20.08.2011

Canicule et personnes agées ou/et Alzheimer !

Ces 3 jours, les températures vont beaucoup grimper en Savoie ! 34°, 35° ou plus, selon l'exposition, et malgré l'altitude (33°C prévus ce dimanche à Chamonix en début d'après-midi !) ... Merci de veiller aux gens que vous croisez si vous sortez : qu'il s'agisse de personnes connues ou pas vraiment. Vous sauverez peut-être la vie de quelqu'un en étant un peu attentif aux autres. Ou vous apporterez gentiment un peu de chaleur humaine à quelqu'un qui en a besoin.

Je pense très précisément aux personnes âgées qui perdent (un peu ou beaucoup) leurs repères. Pour celles qui ont, comme on dit, "toute leur tête", pas de souci : ellessauront reconnaitre les signes de surchauffe et resteront à l'ombre et au frais quel que soit leur âge. Mais pour les personnes agées qui vivent (encore un peu) seules chez elles, et qui sont "en perte de repères" le danger est réel si elles sortent se promener ou faire une course. La famille ou les voisins ne s'en rendront pas forcément compte ; les gens travaillent... Donc ce sont souvent de simples passants qui peuvent réorienter ou protéger ces personnes fragiles :

Pensez à réagir si vous croisez, à pied ou en voiture,

une personne agée visiblement trop vêtue ou en plein soleil sans chapeau :

 il peut s'agir d'une personne ayant des problèmes de mémoire...

Réagissez en donnant l'information claire :  

 "ouh la la, il fait trop chaud, il ne faut pas rester dehors avec cette chaleur !"

Prévenez-là qu'il faut quitter son gilet maintenant*, que vous voyez qu'elle a trop chaud et/ou qu'il faut se mettre à l'ombre, Proposez-lui de l'eau si vous en avez.          Et appelez les services de secours (18 ou 112) si vous l'estimez nécessaire**.

Soyez prévenant et respectueux. Vous parlez peut-être avec quelqu'un qui :

ne sait plus percevoir qu'il a trop chaud (même s'il dégouline de transpiration et qu'il est tout rouge*), ce qui est courant quand on vieillit,

- et qui ne sait pas ou plus ce qu'il faut faire dans cette situation courante... 

(même s'il le savait hier... )

Quelqu'un qui sait doit lui dire, tout simplement, avec le sourire

Parlez-lui simplement (comme à un enfant de 10-11 ans qui ne saurait pas quelque chose ou n'y penserait pas), mais en la vouvoyant, avec bienveillance et respect car vous parlez à un ADULTE qui n'a pas moyen de se souvenir de ses connaissances même s'il reste intelligent et émotif. C'est bizarre, je sais, mais ça l'est encore plus pour la personne dont la mémoire est malade! 

- - o - -

Pour comprendre, mettez-vous un instant à sa place* : elle se concentre pour re-trouver son chemin ou tente de deviner pourquoi elle se trouve là... en train de marcher dans cette direction. Elle cherche des repères connus dans cet environnement plus ou moins familier. Elle a d'ailleurs peut-être oublié de prendre ses papiers d'identités** ou son sac, ou décidé de ne pas les prendre, pensant qu'elle n'allait pas loin, et elle peut avoir changé de direction ensuite, puisqu'elle ne se souvient pas forcément de l'idée de départ. Elle se sent mal, mais ne sait pas pourquoi. Elle ressent un mal de tête sourd, peine à respirer, ses jambes ont du mal à la porter, son dos est mouillé de transpiration, elle a la bouche sèche, c'est très désagréable. Selon son caractère, elle prend un air renfermé ou elle sourit gentiment aux gens qu'elle croise quand ils ont un air de déjà vu.(Ce peut être l'infirmière qui passe tous les matins ou l'ancienne voisine, cotoyée pendant 10 ans, la cousine qu'elle trouvait très sympa, ou un passant). Elle engage la conversation avec les gens qu'elle rencontre et parle ce qui lui vient à l'esprit. (Pas de sa famille ou des infos du jour, puisqu'elle oublie au fur et à mesure ! donc il reste peu de sujets de conversation sociale, et souvent elle se répète* : elle ne se souvient pas l'avoir déjà dit. Eh, oui ! Donc si vous ne voulez pas réécouter, il faut l'informer : 'vous me l'avez déjà dit'. Plusieurs fois si nécessaire, car elle peut oublier au fur et à mesure. Sinon, si vous pouvez, orientez la conversation sur un autre sujet ou laissez dire : ce n'est pas méchant, c'est seulement que pour le malade d'Alzheimer, le passé n'existe quasiment pas. C'est difficile à imaginer ? Sachez que c'est encore plus difficile à vivre.

C'est dur aussi, de ne voir dans le miroir qu'une personne âgée, ridée, voutée, cheveux gris, qui me ressemble, qui m'est famillière... Et imaginez comme c'est très déstabilisant quand, par moments, je comprend que c'est à mon reflet que je suis en train de parler* ! C'est pourtant l'un des symptômes de la maladie d'Alzheimer. Le cerveau oublie même les traits de mon visage actuel... et je prends mon reflet pour une personne amie, réelle ou virtuelle. Mon visage à moi, c'est celui dont je me souviens : donc ça peut être celui des mes 40 ans, ou celui de mes 30 ans, ou plus jeune...

Conseil si vous êtes confronté à une telle situation en tant que spectateur : pas de panique ! C'est simplement un problème de reconnaissance et un signe de solitude. (Précisons : la personne n'est ni folle ni agressive. Elle parle à une personne virtuelle dans un miroir. Comme un enfant joue en parlant avec des personnages imaginaires ou virtuels.) Problème : ça peut durer longtemps. Donc le temps passe et la personne oublie ce qu'elle avait à faire ou perd du temps, ou se fatigue à rester debout. Pour couper court, il suffit souvent de faire en sorte d'apparaitre aussi dans le miroir et de faire un signe "coucou ! C'est notre reflet." avec un sourire pour dédramatiser. Pas d'ironie svp, il faut recadrer en douceur, sans agressivité inutile.  Ensuite rappeler à la personne ce qu'elle est censée faire (sortir de la salle de bain, mettre ses chaussures, rentrer chez elle si elle est dans le hall de l'immeuble*, par exemple), de manière à la reconnecter avec sa vie réelle.

Si on est proche de la personne, et qu'on doit faire diversion, on peut dire gentiment "arrête de parler à Louise***-reflet et fais ce que tu as à faire." (Elle reste dans le miroir, tu la retrouveras plus tard"). Cela permet de prendre en compte la personne virtuelle, et de faire une transistion pour replacer physiquement la personne dans notre réel.

Pas si compliqué, finalement ! Mais tellement plus utile et plus humain que de faire comme si on ne voyait rien !

Parler du présent ou du futur est une habitude à prendre avec toutes les personnes qui ont des problèmes de mémoire. Ca risque d'arriver à un grand nombre de personnes, autant s'habituer! Avec un peu d'imagination, on y arrive ; il suffit parfois d'ouvrir les yeux et de s'inspirer du contexte : un jardin en fleurs, les nuages, un joli vêtement, ce qu'on vient de faire ou un projet qui nous est personnel (tant pis si c'est oublié ensuite) : on partage au présent le plaisir de communiquer ensemble entre êtres humains. Et par la même occasion, on apporte repères et réconfort à quelqu'un.

 

Merci d'avance de votre vigilance

et de l'aide que vous apporterez à nos ainés !

 

Notes : * situation vécue avec ma maman (75 ans, Alz depuis env 6 ans)

** Si la personne ne se souvient pas de son nom, des personnes à prévenir, n'a pas ses papiers d'identité sur elle et que les secours en ont besoin, regarder si son nom ou un numéro de tel n'est pas noté sur une étiquette de veste ou gilet (comme pour les enfants)

*** remplacer Louise par le prénom de la personne. Ce reflet lui est familier, et c'est le sien. J'ai trouvé ce moyen de nommer la réalité virtuelle dont on doit tenir compte, puisque cette personne virtuelle existe dans la vie de la personne Alzheimer.